Entretien H. Ansanay (SATT AxLR)

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-> site web SATT AxLR

– Hervé Ansanay –

Directeur des opérations

10 juillet 2017

Entretien conduit par Agnès Robin (MCF HDR Université de Montpellier) et Benoît Humblot (EC HDR EPF)

La SATT est désormais un acteur établi ; pourtant la création de cette structure est assez récente ?

La SATT AxLR est une Société d’Accélération de Transfert de Technologies. Nous sommes spécialisés dans la maturation et la commercialisation de projets innovants issus de la recherche académique. Les SATT ont été créées pour répondre à un enjeu majeur lié au transfert de technologies. Il y a désormais 14 SATT sur le territoire national ; ces structures existent depuis 2012 et ont pour origine le Programme d’Investissements d’Avenir. Les SATT sont des structures de droit privé, des SAS, dont les actionnaires sont les établissements publics de recherche pour 67% et l’Etat pour 33%.

La SATT est ouverte aux chercheurs eux-mêmes, directement et sans médiation nécessaire ?

Les chercheurs peuvent s’adresser directement à la SATT ou passer par les services de valorisation de leur établissement. En général, c’est postérieurement à une déclaration d’invention que les chercheurs nous contactent. Un travail de sensibilisation et de communication est toujours d’actualité afin d’éviter les divulgations prématurées des inventions par les chercheurs. C’est vrai que la tentation de publier est toujours forte, mais c’est antinomique de la prise de brevet. Sans doute que la prise de brevet devrait être mieux valorisée dans la carrière des chercheurs. Quoiqu’il en soit, la SATT a vocation le cas échéant à prendre en charge le dépôt des brevets au nom des établissements copropriétaires et leur entretien en vue d’un transfert.

La SATT intervient lorsque la technologie est aboutie, lorsqu’elle est susceptible d’intéresser un marché ?

La SATT intervient pour renforcer les technologies et les rendre plus matures, en adéquation avec les besoins du marché en investissant sur un programme adapté. Elle est soutenue dans cette approche par la Région Occitanie. En effet, notre Région a lancé début 2017 un appel à projets en pré-maturation, qui vise à aider financièrement des travaux très en amont dans la chaîne de la recherche. La première édition a été intéressante et nous attendons les chiffres officiels de la Région.

Peut-on dire que vous accompagnez une transformation, le passage d’un état à un autre des fruits d’une action de recherche ?

Oui en effet ; d’une manière générale l’idée c’est de combler la « Death Valley » entre le niveau auquel travaillent les chercheurs et celui qui intéresse les industriels. Il y a un bridge entre la preuve de concept et le prototype. AxLR a vocation à affecter des moyens pour permettre ce passage d’une étape à l’autre afin de rassurer l’industriel et de dérisquer le projet. Nous affectons en moyenne 330.000 euros par projet. Nous investissons entre 20 et 25 projets par an pour un montant total de l’ordre de 6 millions d’euros. L’essentiel de nos financements concerne la ressource humaine. En effet nous recrutons des ingénieurs de maturation qui sont dédiés au projet ; cela peut représenter plus de 50% des sommes allouées. Le reste concerne les études de marché, les prestations dans le domaine de la propriété intellectuelle, les prestations techniques auprès de structure extérieures, etc.

Ces ingénieurs de maturation font vraiment partie intégrante du projet et sont souvent recrutés par l’entreprise bénéficiaire du transfert. Ils assurent le transfert de compétences et de savoir-faire dans l’entreprise et cela garantit l’intégration de la technologie. Nous créons donc de la valeur en favorisant des emplois.

Au final, nous avons un taux de transfert de 50%, ce qui est honorable. Nous avons détecté à ce jour plus de 550 projets et nous avons un peu plus de 100 projets dans notre portefeuille. La moitié sont transférés ou en cours de transfert. Il est important de noter que près de la moitié de ces opérations de transfert se réalise avec des start-ups. C’est assez logique compte tenu du tissu industriel local qui est assez pauvre en grosses entreprises. Par contre l’écosystème de Montpellier est très favorable pour le démarrage des start-up. La Région apporte son soutien à cette émergence et de nombreux incubateurs ont été créées, internes aux structures de recherche, telles que le LIRMM ou l’IES ; il faut citer bien sûr l’incubateur de la métropole, le BIC de la Métropole qui est reconnu mondialement. Il faut ajouter Zelab qui est un accélérateur Biotech basé dans le Gard, mais aussi Le Village by CA mis en place par le Crédit Agricole. De nombreux autres acteurs sont également présents comme Numa ou Visionari.

Le chercheur a-t-il vocation à devenir dirigeant de société ?

Oui et non. Il est bien certain que les chercheurs qui s’engagent dans ce type de démarche ont un intérêt, une sensibilité, en direction de la valorisation économique. Mais au-delà des compétences ou de la volonté, il y a des questions de profil et d’adaptation. Au fond le chercheur a son regard, sa logique, c’est toute sa richesse, mais ce qui fonctionne le mieux en général c’est le tandem avec un gestionnaire/commercial assurant la fonction de CEO et le chercheur en position de CSO, de responsable scientifique, apportant ainsi toute la crédibilité scientifique.

Les données liées aux projets sont certainement confidentielles ?

Toutes les données que nous avons sont confidentielles. Nous devons garantir cette confidentialité. Lors de la mise en place de la SATT AxLR, un expert de la DGSI est venu auditer notre système de gestion des données. Les données engrangées sont stockées dans nos serveurs dédiés. Toutes les données font l’objet d’une sauvegarde sur un serveur externalisé et géré par un acteur privé local accrédité.

La démarche de protection n’est pas seulement d’ordre technique. Lors de nos discussions, nous mettons régulièrement en place des accords de confidentialité. Nous privilégions les partenaires locaux et à défaut nationaux ou européens. Selon les projets et technologies à transférer, l’ouverture à des partenaires internationaux se fait qu’en dernier choix.

Les contrats contiennent-ils des clauses liées à la « propriété » des données ?

Lorsque la SATT héberge les données du projet de recherche maturé, les contrats prévoient la propriété des données (voire la copropriété), mais il arrive aussi parfois que la propriété des données soit laissée aux établissements.

Les projets que vous soutenez sont essentiellement tournés vers la mise sur le marché d’un produit physique, à forte valeur ajoutée scientifique et technique bien sûr, mais avez-vous aussi des projets fondés principalement sur l’exploitation de données ?

C’est encore marginal mais c’est en train de se développer. Nous avons par exemple un projet dans le domaine de la phylogénie, un autre en sciences du langage, un autre au niveau médical. Dans ce genre de projet, le rôle central revient aux data scientists qui vont sortir des informations utiles des bases de données. Il s’agit d’extraire une information sémantisée, sectorisée et qui a une valeur exploitable. Cela reste encore une petite frange des projets mais nous sentons une tendance.

Le mouvement open data n’est pas au cœur des préoccupations de la SATT ?

Disons que beaucoup de sociétés recherchent des données et certaines initient des démarches pour initier, favoriser leur diffusion. Nous essayons de contrôler cette diffusion afin de garantir une certaine confidentialité si ces informations sont stratégiques.

Je peux citer le cas de différentes sociétés comme par exemple Pierre Fabre qui a lancé une démarche Open innovation ; on peut citer aussi une initiative similaire dans le domaine de la cosmétique avec l’événement Cosmetic 360. Il s’agit quand même principalement d’inviter les chercheurs à communiquer leurs résultats de recherche. Les industriels apprécient ensuite l’intérêt de ces informations. Il faut bien dire que les industriels pour leur part ne diffusent pas vraiment d’informations valorisables ; cela reste un peu à sens unique. De fait, le rôle de la SATT est de s’assurer que les informations sont suffisamment explicites pour intéresser les industriels sans dévoiler des éléments confidentiels.